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19 décembre 2007
Hommage : Suzanne
Cela est bien sûr un fanart dédié à Schizozote ; c’est aussi un hommage à des personnes chères – et des inconnus, qui ont eu pourtant grande importance.
Je revenais de la rivière, dans le soleil froid, lumineux, et je passais à côté d’un groupe de monsieurs jouant à la pétanque lorsque quelqu’un frappa dans ma tête et s’engouffra dans un sourire : Suzanne.
Ca y est. Ils ont fini de jouer. Cette partie-là était vraiment la dernière. Et dire que je me plaignais du bruit des boules qui s’entrechoquent, que je disais qu’ils m’empêchaient de dormir. La vérité est que cela me rassurait, j’aimais savoir qu’ils étaient là, immuables, chacun à son poste, depuis tant d’années. Pourtant, le groupe avait commencé à diminuer bien tôt. Ca avait commencé avec Roger. Il venait tout juste de s’installer avec sa femme, sa Cristiane – des amoureux éternels, ces deux-là, des inséparables – quand il est tombé malade. Il n’a pas eu le temps de profiter de ses raisins qu’il avait tant bichonnés, sur le grillage de son cabanon. Sa chère Cristiane est restée seule –façon de parler : elle a une vraie tribu qui l’entoure ! Enfants, petits-enfants, ça n’arrête pas de défiler à son portail. Je me souviens d’une petite fille à lunettes qui venait chez nous écouter mon Jeannot lui raconter des histoires – sans doute plus par plaisir d’entendre un grand lire pour elle, que pour les histoires elles-même, puisqu’elle les connaissait par cœur.
Les années ont passé, les enfants ont grandi, la pétanque a continué. Mon Jeannot y allait tous les jours, été comme hiver ; il ne craignait ni le froid mistral de l’hiver ni la chaleur étouffante de notre été. Pour être exact, nous avons appris, comme tout le monde ici, à dormir lorsque le soleil est trop fort, à nous barricader dans la maison pour profiter de la fraîcheur des murs accumulée dans la nuit. Quand il faisait trop chaud, nous sommeillions sur le canapé, un rai de lumière qui passait par les volets croisés, et souvent nous nous tenions la main. Et quand il se réveillait, quand le jour baissait, il sortait sur le trottoir en face du jardin pour rejoindre ses copains et continuer tous ensemble la partie de la veille.
Et puis, ce fut le premier départ. Un cœur qui a flanché. L’équipe des « boulistes » connut sa première perte. Ils n’ont plus joué pendant un moment, et puis un soir, le clac – clac a repris. Chacun s’ennuyait trop chez lui, chacun avait besoin des copains, pour ne pas se sentir mort trop tôt. Mais les pertes ont continué, l’une après l’autre, étalées sur des années. L’équipe diminuait, personne n’a pris la relève.
Et hier, c’était mon Jeannot. Il n’a peut-être pas supporté de se retrouver à piétinner dans la poussière du terrain, tout seul.
J’aurais dû apprendre à jouer, nous aurions pu continuer à nous tenir compagnie. Et à nous endormir sur le canapé, les après-midis trop chaudes, en nous tenant la main.
16:15 Publié dans Amitiés et autres... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : pérégrinations, Schizozote


Commentaires
Que j'aime la nostalgique tendresse de ton texte, qui me rappelle aussi combien j'aimais à regarder les parties de pétanques des "p'tits vieux" que moi je ne connaissais pas, et dont la vie s'écoulait doucement au rythme des "clac-clac", des rires, et des points.
Je jouerai aux boules quand je serai vieille, tiens ! :)
Ecrit par : schizozote | 21 décembre 2007
Je n'en connaissais qu'un parmi ces "petits vieux" là, mais j'aimais imaginer la vie des autres...
Nous pourrons jouer ensemble, si nous réussissons à nous croiser!
Ecrit par : Shaya | 25 décembre 2007
c'est un jeu de famille chez nous, j'ai toujours eu de la chance "aux boules", sûrement parce que j'y joue peu et que je ne me rappelle que des beaux points !
j'aime toujours autant tes textes,
avec toute mon affection
Ecrit par : krais | 27 décembre 2007
Chère Krais, tu me manques. Quand viens-tu par chez nous pour jouer ensemble à la pétanque?!
Ecrit par : Shaya | 30 décembre 2007
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