Avancée dans le Secret

Il y a déjà six mois que je donnais à lire la première version de mon roman dont le nom de code est « le Secret ». Entre septembre et Noël, j’ai reçu quatre retours de lecture qui tous pointaient la faiblesse (voire l’inexistence !) de l’intrigue ; deux d’entre eux remarquaient la richesse de l’univers qu’ils souhaitaient que je développe.
Depuis, j’ai consacré plusieurs demi-journées à réécrire l’ensemble ; des fils conducteurs m’apparaissent, un peu à la façon d’une archéologue qui découvrirait, à chaque pelletée, les contours d’un bâtiment gigantesque qu’elle avait pris jusque-là pour une cabane de pêcheurs. Je lisse, je soulève le voile sur les relations entre différents personnages, je décris davantage Athènes et les autres sites dans lesquels se déroule l’intrigue (maintenant qu’il y en a une !). J’ai déterré des nouvelles écrites il y a plusieurs années, et dans lesquelles je retrouve des personnages qui sont dans mon roman. Dans ces textes, il y a finalement une cohérence que je n’avais pas encore vue, dans la mythologie comme dans les thèmes abordés.

Je n’écris pas souvent : j’ai besoin d’être seule, de savoir que j’ai plusieurs heures de tranquillité pour me concentrer, sans correction à rendre ni bilan de compétence à remplir ni microphémérides à diffuser ou même de CV à envoyer. Ainsi, hier et aujourd’hui, j’ai travaillé sur un chapitre clé qui permet de comprendre des motivations de plusieurs personnages secondaires. Près de 13 000 signes espaces comprises, soit environ cinq pages A4 seulement, en plus de quatre heures d’écriture. Je commence à voir le bout du tunnel.

Extrait de ce chapitre, pour vous faire voyager un peu en Grèce dans un des sites que j’aime beaucoup :

Le soleil se coucherait tôt, et les trois Gardiens entamèrent sans tarder leur marche sur le chemin de pierres qui grimpait jusqu’au temple de Poséidon. L’air était saturé des effluves de terre mouillée par les derniers orages et par les embruns ; on entendait les vagues de la mer Égée se fracasser plusieurs dizaines de mètres plus bas, à pic sous le temple. Derrière les hautes colonnes du temple, on ne distinguait que l’étrangeté de la brume qui voilait l’horizon ; les jours d’orage, on marchait au-dessus des nuages dans lesquels s’était jeté Égée. On se trouvait dans une pause de l’Histoire, on foulait les pierres qu’avaient foulées les fondateurs de la communauté, plus de deux siècles auparavant, tandis qu’ils se préparaient à la révolution face à l’empire ottoman. Les puissances de Poséidon et d’Athéna protégeaient ces lieux sur lesquels le temps et les séismes – Chronos et Chtonos – paraissaient avoir moins de prise qu’ailleurs.
Madame Zélie aimait particulièrement ce site, son berceau. Elle y respirait mieux, y réfléchissait plus clairement, s’y sentait plus forte. La mer à ses pieds la portait et lui transmettait son énergie – bienfaitrice ou destructrice, le choix en revenait à celui qui la recevait. Comme elle arrivait devant les marches menant au temple suivie de ses deux amis, une peur irraisonnée la saisit, et elle s’immobilisa. Au-dessus d’eux, le soleil fut brusquement caché par des nuages poussés par le vent levé brutalement, comme cela arrivait souvent en cette saison.