Centre de Nantes saccagé = message des « anti » aux oubliettes

« Nantes saccagée »
La nouvelle est brutale, et les images sur le site du journal Ouest France tout autant. Le centre de la ville de Nantes, célèbre pour son « esprit à la nantaise » (esprit associatif et coopératif) et pour son intense activité culturelle, a été saccagé ce 22 février 2014.
Ce que je ressens est une immense colère : « Faut-il être con pour organiser une manifestation sans prévoir son propre service de sécurité, ou tout au moins sans être capable de gérer ! »

Pour avoir participé à des manifestations étudiantes, pour avoir couvert l’occupation d’un rectorat pendant trois jours et trois nuits, je peux vous assurer qu’il est possible de contenir la violence. Cela implique bien sûr de prévoir des personnes portant un gilet ou tout autre élément visible indiquant « sécurité », et qui se tiendront calmes (pas question, quand on assure la sécurité, de hurler les slogans à tue-tête). Cela consiste à empêcher quiconque d’insulter les forces de l’ordre, ou de jeter des objets – l’acte de jeter est violent en soi et appelle de façon inéluctable une réponse violente, dans une escalade exponentielle qui se termine invariablement en des actions raclant les bas-fonds des pires instincts de l’humain. C’est également veiller à ce que la circulation des véhicules des forces de l’ordre ou des pompiers ne soit jamais bloquée. Or, à Nantes, la première action a été de couper la manifestation en créant un rempart de tracteurs. Comment les organisateurs auraient-ils pu contrôler ce qui se passait en marge ?

N’importe quel « militant » est normalement suffisamment intelligent pour comprendre qu’il vaut mieux se montrer sous son meilleur jour s’il veut que son message soit compris et entendu, sauf si le mouvement est composé majoritairement de personnes violentes et sans cervelle active. La violence éradique tout message : quand un message est passé à coups de poing, aussi juste soit-il, ce sont les coups qui restent en mémoire, pas le message.
Donc, les casseurs sont évidemment responsables, mais les organisateurs aussi. Et les partis dont les représentants étaient sur place portent tout autant la responsabilité de ces dérapages, puisqu’ils n’ont pas pris la peine d’assurer la sécurité, eux non plus, alors qu’ils ont normalement l’expérience dans l’organisation d’événements de grande ampleur.

Beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux dénoncent, à juste titre, la stupidité de cette brutalité aveugle, dirigée contre des organismes qui n’ont rien à voir avec le futur aéroport : commerces, transports publics de la ville, SNCF… (Je rappelle au passage qu’une des solutions avancées par le mouvement « anti aéroport » est d’améliorer les lignes TGV. Après les dégradations d’aujourd’hui, comment les prendre au sérieux ?)
Certains vont me répondre que les forces de l’ordre se montrent tout autant violentes lorsqu’ils détruisent les cabanes et autres installations des « anti aéroport ». Tout d’abord, répondre « c’est lui qui a commencé » me paraît puéril et stérile ; ensuite, lorsqu’on agit sciemment hors la loi, il faut accepter d’en subir les conséquences. Et construire sans permis reste hors la loi en France.
Enfin, les commerçants, les employés des transports publics, les passants, dont les infrastructures de travail ont été détruites ou qui ont été pris dans cette violence idiote n’ont rien fait qui justifient que l’on s’en prenne à eux. Faut-il rappeler que les biens publics seront reconstruits avec l’argent de l’impôt de tous ? Et que les biens privés seront financés par les assurances auxquelles tous nous cotisons ?

Me voici furieuse. La naïveté d’organisateurs irresponsables et à la vue bien courte va coûter cher à l’ensemble de la nation. Sans compter que, en pleine période électorale, cette journée va coûter cher aussi aux Verts (bravo Eva Joly et Jean-Philippe Placé – et que dire de Cécile Duflot !) comme à l’extrême-gauche (bravo Jean-Luc Mélenchon). Enfin, ce 22 février 2014 va jeter aux oubliettes toutes les prétendues expérimentations sociales menées par le mouvement des « anti aéroport ».
Un tel déchaînement de violence pour sauver des oiseaux me paraît vraiment – j’insiste – très con. Et oui, c’est de la provocation gratuite que je fais là… comme vous le voyez, c’est inefficace, stérile, et cela n’aide pas au dialogue (mais je constate qu’en effet, ça me soulage).

Pour être plus efficace, je peux également conclure ainsi :
• Quand on n’est pas sûr de maîtriser la colère de ses militants, on n’organise pas une manifestation ;
• Quand on propose de développer les transports publics existants pour empêcher un nouvel aéroport, on ne détruit pas ces mêmes transports publics ;
• Quand on se plaint que le coût pour le contribuable sera exorbitant, on n’alourdit pas les impôts en saccageant des biens publics ;
• Quand on est en période électorale difficile avec une imprégnation générale dans la société des idées nauséeuses du Front national, on ne corrompt pas l’image de son parti en s’alliant avec des casseurs ;
• Quand on vit dans une ville où la tradition est à la concertation et à la discussion, on fait taire son cerveau reptilien et on fait travailler son cortex cérébral.

Et maintenant, quand on va parler du projet de Notre-Dame-des-Landes, qui va paraître le plus crédible ? Les faux hippies aux pratiques de violence régressive ou les économistes au discours posé et argumenté ? C’est à croire que les « anti aéroport » souhaitaient saboter leur propre mouvement.

Sources : Ouest France
Blog des « anti » http://lutteaeroportnddl.com/