29 janvier 2010

Mais qui est donc Thursday Next ?!

Un article repiqué du site Actualibris : il s'agit d'un portrait de Thursday Next, l'héroïne de Jasper Fforde.

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Un entretien exclusif avec son biographe (officiel ?) Millon de Floss
Vous tombez vraiment mal ! Que voulez-vous que je vous raconte sur Thursday Next ? Voici des mois qu'elle a disparu, avec son fils ; sa mère, Wednesday, ne m'accueille plus chez elle, soi-disant trop occupée à entretenir les plantes répulsives anti-mammouth. La saison de la migration approche, je ne peux guère lui en vouloir... d'autant que ma planque dans le jardin risque, comme toutes les années, d'être piétinée.

D'ailleurs, vous travaillez pour quel journal ? Comment ? Oh ! La Gazette de Goliath ! Vos patrons doivent en savoir bien plus que moi au sujet de Thursday, voici des années que vous la harcelez ! Mais si, monsieur, vous la harcelez ! Enlèvement, tentative d'assassinat, essai d'éradication de la mémoire, ce n'est pas du harcèlement peut-être ?!

Aïe ! Pickwick, arrête de me pincer ! Ce dodo me rend dingue. Il n'a plus toute sa tête depuis la disparition de sa maîtresse. Pensez-vous, c'est Thursday qui l'a clonée, il y a de ça au moins... douze ans ? C'était au début qu'elle travaillait pour OS-27, les Opérations Spéciales relatives aux affaires littéraires. En ce temps-là, la pauvre Thursday n'avait pas encore renoué avec Landen, son grand amour. Elle lui reprochait toujours d'avoir trahi son frère pendant la guerre de Crimée. Du coup, quand les premiers kits de clonage sont sortis, elle s'est ruée dessus : un besoin de compagnie, sans doute... Comme vous le voyez, Pickwick est un dodo version 1.3. Ce n'était guère au point à l'époque côté esthétique, mais ça valait mieux que la version 1.1 avec le cou d'autruche !

Comment ? Ah oui, Thursday... Elle a grandi avec sa mère et ses deux frères ici, à Swindon. Je n'ai pas connu Anton, mais il était apparemment son idole. Cela explique que sa mort en Crimée ait autant touché Thursday, je suppose. Par contre je connais bien l'aîné, Joffy, le grand ministre du culte de l'Être Suprême Unique. Quel rigolo, celui-là ! Presqu'autant qu'elle ! Mais pas autant que son tonton Mycroft. Quel génie celui-là ! Les Vers correcteurs, le Portail de la Prose, c'était lui !

Le papa Next ? Qui sait s'il existe ? Thursday se plaît à dire qu'il est un Chronogarde hors-la-loi : selon elle, il viendrait leur rendre visite de temps en temps, à maman Next et à elle, entre deux passages dans le temps. Dernièrement, il leur aurait demandé si elles connaissaient un certain Winston Churchill ; il paraît qu'il aurait eu un rôle à jouer pour contrer l'invasion nazie en Grande-Bretagne. Mais à part Wednesday, Thursday et les garçons, personne n'a jamais entendu parler de lui. Thursday jure qu'il a été éradiqué des mémoires par la Chronogarde, mais rien ne le prouve bien sûr.

Ah oui, les Néandertaliens ! Thursday est très copine avec l'un d'eux ; quand l'Etat a supprimé les services des OpSpecs, Thurs l'a même embauché chez Zénith Moquettes. Comment ? Vous ne connaissez pas Zénith ?! Mais c'est la société qu'elle a créée avec son ami Spike ! Enfin, je suppose que Spike doit encore chasser le loup-garou entre deux poses de tapis, tout comme Thursday n'a pas pu arrêter de traquer les faux William Shakespeare et les véritables incursions de Minotaures dans le réel... Oups ! Zut, j'ai grillé sa couverture ! Quel idiot ! Au fait, seriez-vous intéressé par du fromage français d'importation ? Sans aucune taxe à payer à l'Etat ! La marchandise transite par la République indépendante du Pays de Galles...Mmmh, j'en salive d'avance. Pardon ? Vous n'aimez pas le fromage ? Bah, de toute façon, je rêvais tout haut : depuis que Thursday est partie, je suis à cours de fournisseurs.

Mais oui, mais oui, revenons à cette interview... Ce que je sais du Monde des Livres ? Pas grand-chose en fait. Thursday se montrait très réticente à me raconter ce qui s'y passe, comment cela fonctionne. Je vous avoue que ses explications sur le logiciel de transmission entre le monde des livres et les auteurs m'ont parues assez floues ! Sans parler de ses évocations du marché noir de procédés narratifs, de l'organisation de l'embauche des personnages ou de la formation assurée par la Jurifiction.

Aïe, je vais devoir mettre fin à notre conversation. Vous voyez cette voiture bariolée là-bas ? C'est celle de Thursday ! Elle revient ! Ah Monsieur, vous n'imaginez pas la joie que je ressens en cet instant ! Pouvez-vous imaginer un biographe attitré qui perd de vue son personnage pendant des mois ? Cela va en faire, des chapitres de retard ! Au fait, si vous parlez avec Jasper Fforde, vous pourrez lui dire un mot sur moi ? Vous lui direz que Millon de Floss aimerait bien apparaître plus souvent dans ses livres ! Comment ça, « qui est Jasper Fforde ? » Mais notre auteur bien sûr ! Comment ? Vous n'avez jamais pensé que nous pourrions, nous aussi, être des personnages fictifs ?

(Photo : site des éditions 10/18)

05 janvier 2010

Un bilan 2009 ?

Il paraît qu'en janvier, on prend de bonnes résolutions pour l'année qui commence et on fait un bilan de l'année écoulée.

2009 a été une année charnière en bien des domaines.

Professionnellement, avec la fin d'un contrat, une période sans activité autre que l'écriture et la bêta-lecture, puis le début d'une formation professionnelle où, finalement, je pense trouver ma place.

2009 est une année très importante côté écriture... puisque j'ai commencé à vraiment écrire cette année. Il y avait ce blog, bien sûr, depuis maintenant presque quatre ans. Mais il y a désormais les nouvelles et un recueil en cours d'écriture :

1. j'ai découvert la Mare et grâce à elle, j'ai compris que les livres qui m'ont toujours plu font partie d'une catégorie à part ("SFFF" ou "littératures de l'imaginaire", mais j'ignorais ces termes jusqu'à la Mare) ;

2. j'ai découvert les joies de la bêta-lecture, beaucoup plus enrichissante que l'auto-critique ou les gentillesses entre copains ; et surtout, cela s'est révélé un excellent prolongement de la formation de correcteur ;

3. dans la foulée, et après presque vingt ans de pause, j'ai eu le courage de reprendre la plume pour écrire des nouvelles :
* réécriture complète de Avant les oracles,
* puis écriture de cinq nouvelles (trois à paraître en 2010, deux en attente de réponse),
* et tentative d'écriture des Légendes de la Brèche au Diable, qui se révèle un projet bien plus gros que prévu,

4. j'ai découvert des publications très sympas (M&MO par exemple), d'autres tout en finesse (Piments & Muscade, Vanille Givrée), des auteurs fabuleux, la joie des comités de lecture, les cadences des corrections de dernière minute ;

5. et surtout... j'ai fait des rencontres IRL qui m'ont marquée et convaincue de l'importance de la Mare pour la survie de l'humanité ! :viva:

Tout ça en sept mois, de mars à octobre.
Parce que depuis octobre et le début de ma formation "librairie", je n'écris plus, hormis des fiches de lecture. Quand on lit, on n'a pas le temps d'écrire ! Ni de bêta-lire...

Que 2010 soit une année riche en créativité et en surprises !

27 décembre 2009

Quelle que soit la destination...

... n'est-ce pas, finalement, le voyage qP1040166.JPGui compte ?

 

Je profite de cette fin d'année pour vous souhaiter bien sûr de bien belles fêtes, surprises, et amours. Et de continuer sur vos chemins.

21 décembre 2009

Choisir de vieillir dans l'océan... ?

lva_200-200x307.jpgUne baleine observe les fonds sous-marins… mais c’est une femme qui pilote son esprit. Qui est-elle ?

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15 décembre 2009

Notes de voyages

Entre ces nombreuses lectures, il me reste peu de temps pour écrire. Voici quelques lignes pourtant, sur Cherbourg et les longues heures en train.

cherbourg-cite-maritime-382404.jpgVendredi 6 novembre. Cherbourg.

L’arrivée en train se fait entre les collines verdoyantes où trônent des maisons aux toits pentus ; on dirait les Alpes. L’odeur de l’iode et de la pêche quand on remonte les quais en butant contre les pavés.
Les cris des mouettes, partout. Les petites rues piétonnes dans lesquelles ce matin seuls quelques commerçants s’activaient et où, à présent, doivent grouiller les passants.

Les cafés : celui de l’étoile, tables rondes, bar sculpté, garçon avec chemise blanche et tablier noire, chaises au dossier arrondi.
Le café du Carré où je petit-déjeune aujourd’hui : depuis la place centrale, on distingue deux baies vitrées, séparées par une porte médiévale au linteau orné d’un bas-relief. L’intérieur confortable : mobilier moderne en bois clair et métal, des miroirs ; ici et l des esquisses, un tableau de couleurs presque criardes. Lumière douce, jazz. A l’endroit où se tient l’ancienne porte, un vestiaire a été aménage et une rotonde en pierre rappelle que ce lieu a une âme.
Murs bleus et ocre. Bar en inox et en bois.

Les habitués vont et viennent. Le lieu était presque désert – un client, le patron et moi-même – le voici qui bruisse de la conversation de deux dames que l’on vient de servir.


Dimanche 8 novembre. Dans le train.


Allongé à demi sur la banquette dont j’ai relevé l’accoudoir, je me délecte des descriptions de Nicolas Bouvier. Quelque part, là, tout au fond de ma poitrine, le besoin de voyage enfle peu à peu.

Sur la banquette de l’autre côté du couloir, un homme d’une trentaine d’années somnole. Cheveux châtains courts sur la nuque et les tempes, nonchalamment rejetés en arrière. Une barbe brune de quelques jours dessine le contour de sa mâchoire et ombre ses lèvres charnues. One ne sait dire si, dans son sommeil, c’est un sourire ou une moue qu’elles esquissent.
Il s’est bandé les yeux avec un foulard aux motifs délicats, dans une déclinaison de mauve, sable, blanc ; de ces volutes en forme de virgule géante, entremêlées de grosses fleurs et remplies de points de teintes plus claires. L’homme a posé la tête contre le rideau taupe du train, étrangement assorti à son pull. Un jean usé par-dessus des bottes marron impeccables ; une sacoche en cuir noir, elle aussi soignée.
Peut-on avoir du charme en dormant ?


Samedi 12 décembre. Café.

Parfums du thé de Noël : caramel, rooibos, agrumes.
Je suis à « ma » table, dans le café aux tons doux. Sur les murs aujourd’hui, de grandes toiles aux couleurs palet ; celle au-dessus de ma tête me rappelle les lavandes sous un ciel bleu pâle, délavé par le mistral.
Musique de relaxation, en décor sonore, qui adoucit les conversations animées de ce samedi matin.

En venant, j’ai longé le quai jusqu’au port, les poteaux lumineux indiquaient la marée basse. Les gréments chantaient dans le vent glacé. S’il se mettait à pleuvoir, les gouttes se métamorphoseraient en flocons.

(Photo : L'internaute)

08 décembre 2009

Quelques livres du moment

Un passage éclair concernant mes lectures du moment !

Je suis au milieu du quatrième et dernier (ouf) tome de Twilight. C'est devenu très "gore", de l'hémoglobine et des os qui se cassent de partout. L'adaptation cinématographique va ressembler à du nanard d'horreur si elle reste fidèle au livre.
Je sais désormais que je ne conseillerai la quadrilogie à personne. Et j'ai découvert qu'à l'instar de la "junk food", il existe ce que j'appellerais des "junk books" : ils sont à la littérature ce que le pire des hamburgers de chez McDonald est à la gastronomie.

Pour compenser la perte neuronale engendrée  j'ai lu - et apprécié les titres suivants :

- En mémoire des Justes de Charles Zadje (Charielleditions) : l'auteur apporte son témoignage en tant qu'enfant juif hébergé en Normandie entre 1942 et 1944, et sur le destin de sa famille, en grande partie décimée au cours de la Seconde Guerre mondiale, dans les camps de concentration ;
cm_200-200x307.jpg- Les contes myalgiques, de Nathalie Dau (Griffes d'encre) : de la poésie à l'état pur, des contes splendides et parfois bouleversants ;

 

- Genesis, de Bernard Beckett (Gallimard Jeunesse) : l'histoire de l'examen d'entrée à l'Académie que passe Anaximandre ; on y découvre la mise en place puis la chute de la République de Platon à la fin du XXIe siècle, et les découvertes que fait Anaximandre lors de cet examen. De la "SF philosophique" que j'ai trouvée intelligente, fluide, "remuante" de par les interrogations soulevées. Une seule question : pourquoi classer un roman d'une telle complexité (au niveau des sujets philosophiques abordés) en jeunesse ?

 

- Murena, tome 7 : brillant, comme les six premiers tomes de la série ; c'est le tome où l'on découvre ce qu'a été le grand incendie de Rome, et le rôle de Néron.

Dans ma PAL : La vieille Anglaise et le continent, Chasseurs de fantasmes (tous deux chez Griffes d'encre), deux romans grecs, et peut-être une relecture des deux derniers Harry Potter.
Ceci en attendant Les sombres romantiques des éditions du Riez, et l'intégrale de La guerre des Sambre !

04 décembre 2009

Comment on ne fait pas de voyage mais comment les voyages nous font.

usage-monde.jpgLe contenu

Nicolas Bouvier raconte sa traversée, en 1953-54, du continent eurasiatique : Yougoslavie, Perse, Afghanistan, et d’autres pays dont l’actualité est terriblement différente de ce qu’il y a vécu.
Les illustrations sont de son acolyte de voyage, Thierry Vernet.
Le regard ouvert, humaniste, que les compères posent sur les personnes qu’ils y ont rencontrées, est un hymne aux cultures de l’Eurasie.

L'auteur

Nicolas Bouvier (1929-1998) a été nourri par les récits d’aventures… qu’il a finalement vécues lui aussi.

Mon avis

J’ai mis longtemps, plusieurs mois, avant d’oser ouvrir ce livre. Offert par un autre véritable grand voyageur (pas comme moi !), il risquait d’être une boîte de Pandore déguisé. Je craignais d’entendre les sirènes, de déchaîner les vents. J’avais raison, et tort. Les sirènes ont effectivement chanté, les tornades surgi ; voix et bourrasques m’ont secouée. Depuis, quelque chose, là, tout au fond de la poitrine, m’oppresse : le besoin de partir en voyage.
L’usage du monde est un ouvrage à part, une fenêtre ouverte sur un monde que la modernité s’acharne à détruire.

Informations

Petite bibliothèque Payot, 10,40€
ISBN 978 2 228 89401 2
419 pages

(Merci à toi qui me l'a offert, et m'a redonné l'envie des grands espaces.)

30 novembre 2009

Les folies de Strella

 

Impatiences

J'ai enfin pu voir Strella.

Je ne suis guère objective : inconditionnelle des scénarios de Panos H. Koutras et des univers de Panagiotis Evangelidis, le coup de foudre était assuré. De plus, j'avais eu la chance incroyable de traduire pour eux le scénario et je trépignais de pouvoir découvrir à l'écran ce que j'avais imaginé. Le résultat a dépassé mes espérances. Ainsi, la scène que j'avais tant aimé dans le scénario est aussi belle que ce que je l'avais souhaité : Strella, nue dans l'arc-en-ciel d'un photophore.

Mina Orfanou est fantastique, magique. J'ai aimé son visage, sa voix (elle chante La Callas !), son énergie, son sourire : un véritable soleil.

 

Introduction à l'histoire

Giorgos sort de prison par une journée ensoleillée. Il rencontre Strella, un transexuel sublime, et tombe amoureux. Alors que leur histoire se noue, le passé se dévoile.

 

La critique du Monde

Parce que je ne saurais être objective sur ce film, je vous livre un extrait de la critique parue dans Le Monde (c'est moi qui souligne) :

"Panos H. Koutras, son auteur, n'est pas tout à fait inconnu : on lui doit, réalisé en 1999 et sorti en 2001 en France, L'Attaque de la moussaka géante, inénarrable film Z qui brassait parodie de film fantastique et apologie queer dans les rues d'Athènes. Strella, troisième long métrage du réalisateur entièrement autoproduit, reste fidèle à cet esprit bravache, mais est néanmoins plus ambitieux. Il propose une adaptation débridée des fondements de la culture antique, notamment exprimés à travers le mythe et la tragédie. [...] Reste un film dont la liberté de ton, le respect pour ses personnages, les ruptures inattendues de style et de registre (entre la piquante alacrité d'un Pedro Almodovar et le lyrisme opératique d'un Werner Schroeter) valent le détour.
Le film reste en revanche fidèle au canon de la littérature oraculaire et à sa cruelle ironie, qui consiste à faire accomplir au héros son destin par le geste même qu'il prétendait éviter.
" (Critique ici.)

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27 novembre 2009

Travaux en cours

Ce blog se déserte... Les aléas de ma vie "réelle" ont finalement pris le dessus et me voici bien loin d'Internet et de ses merveilles virtuelles. Les journées défilent entre formation (pas mal de voiture) et stage en librairie (beaucoup de train).

Du côté du clavier, quelques travaux en cours :
l’ « alpha-lecture » d’une novella de Pingu : en cours ;
l’écriture d’une nouvelle pour le projet Twins Again : en cours ;
l’écriture de la première histoire de la Brèche au Diable : en sommeil... ;
la bêta-lecture d’un extrait des romans d’Ayaquina et de Boîte en Carton : en sommeil...
La nouvelle que j’avais écrite durant une nuit de l’écriture et qui racontait les aventures d’un bonhomme Lego sera peut-être publiée dans le cadre du projet Twins Again. Je croise les doigts ! Ce projet est une très belle idée.

De part les nécessités de la formation, je lis beaucoup plus que durant le dernier semestre. Je viens notamment de dévorer les cinq tomes des aventures de Thursday Next, de Jasper Fforde. Un délice d’humour déjanté, de culture, d’action ! Et la traduction est absolument délicieuse.
Depuis le début de la semaine, je lis – lentement cette fois – Twilight dans sa version originale. Le style ne me plaît pas, je ne ressens aucune empathie avec le personnage principal, bref j’ai énormément de mal à avancer. Mais il me semblait impératif de le lire afin de me faire une opinion sur le phénomène.

Enfin, des découvertes cinématographiques : Musée haut, musée bas, vu hier soir. Là aussi, les références culturelles, artistiques, philosophiques, regorgent. La distribution est époustouflante. À voir, revoir et re-revoir pour ne rien manquer.
Ce soir, Strella, le dernier film de Panos Koutras. Petit compte-rendu dans les jours à venir...

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09 novembre 2009

A l’est tout fut nouveau.

mur-de-berlin.jpg1989.
Nous avions, quelques mois auparavant, célébré le bicentenaire de la Révolution française, absorbant comme des éponges les discours sur l’acquisition du droit à la liberté individuelle, les textes des philosophes des Lumières et l’enthousiasme de professeurs qui avaient peut-être d’autres idées en tête.
J’allais avoir quatorze ans. Quatorze ans, et des préoccupations bien loin de celles des adolescents qui habitaient alors « de l’autre côté ». Dans ces pays « de l’Est », que l’on n’évoquait pas sans un frisson : images de paysages en noir et blanc, de personnes sans personnalité, de policiers omniprésents. Étaient-ils des êtres humains « comme nous », après tout ? N’avaient-ils pas choisi ce régime communiste, synonyme de répression ?

Et puis il y eut ce matin du 10 novembre 1989.
Notre professeur d’allemand arriva en cours, bouleversé. Nous, nous étions comme d’habitude, joyeux, un peu chahuteurs, mais nous l’aimions bien, monsieur Weber, avec sa moustache blanche, ses rares cheveux de neige et son regard qui pétillait.
Mais ce matin-là, monsieur Weber était trop ému pour nous faire un cours de grammaire. La veille, l’impensable était arrivé, ce qu’il croyait ne jamais voir de son vivant : le mur de Berlin était tombé. Il nous parla longuement de la RDA, de ses souvenirs de jeune Alsacien enrôlé de force dans l’armée nazie. De par ses mots, nous imaginions le mal que fait subir un régime totalitaire à ses citoyens.
La frontière immuable d’avec « le monde de l’Est » était ouverte.
Mon insouciance de gamine sans problème en fut ébranlée elle aussi. Il me semblait que des choses importantes se déroulaient, sans que je ne puisse en mesurer toute l’étendue.

Bien des années ont passé avant que je ne comprenne, vraiment, quel bouleversement cela avait été pour les populations qui se trouvaient « de l’autre côté ». Une nouvelle fois grâce à des mots, ceux d’un Polonais de mon âge pour qui sa vie était coupée en deux : il y avait l’« avant » et le « maintenant », il y avait tout ce qui évoquait la « modernité » (le libéralisme, la privatisation de tout le système économique) à l’opposé du « communisme ». La haine du régime d’oppression était restée si ancrée en lui que toute intervention de l’État dans la vie des citoyens lui semblait intolérable, même lorsqu’il s’agissait de la protection sociale, de l’éducation gratuite, du système de santé public, des transports en commun.

Aujourd’hui, vingt ans ont passé depuis ce matin-là où monsieur Weber nous a demandé, incrédule, si nous savions l’importance qu’avait la chute du Mur de Berlin.
En y repensant, en écoutant les témoignages, en me souvenant de la liesse des Allemands, une petite boule se forme, là, dans ma gorge et ma poitrine.

"Ich bin ein Berliner."

(Source pour la photo : http://memoires-france-allemagne.blogspot.com)